
TRUMP, LES USA ET LE GROENLAND
En janvier, le Groenland s’est retrouvé, comme jamais avant, sous les feux des projecteurs suite aux menaces d’annexion de Donald Trump et de son administration, y compris par la force. Qu’un président américain menace militairement un État de l’OTAN – puisque le Groenland appartient au Danemark – a bien entendu frappé les esprits et suscité une vague d’émotions, en même temps que se développait une véritable curiosité pour le Vert Pays.
Raison invoquée par Donald Trump pour annexer le Groenland ? Assurer la sécurité américaine en empêchant la montée des influences chinoise et russe (infirmée par de nombreux experts) sur un pays « défendu par deux chiens de traîneau », selon les termes toujours aussi réfléchis de l’ancien agent immobilier.
Au regard de cet « argument », il convient donc de rappeler les faits suivants.
1# Les États-Unis n’ont absolument pas besoin de coloniser le pays pour y installer des troupes, puisqu’un accord de coopération avec le Danemark signé en 1951 leur permet d’y installer des bases militaires.
2# Les États-Unis possèdent déjà une base militaire à Pittufik, occupée par environ 150 soldats américains (10 000 au plus fort de la guerre froide). Le choix de ce site occasionna le déplacement forcé des populations inughuits – sous la supervision des forces danoises – qui y vivaient depuis des siècles. L’armée américaine y perdit également une bombe H lors du crash d’un de ses bombardiers. Une bombe jamais retrouvée…
3# Une trentaine d’installations militaires ont été abandonnées par l’armée américaine à la fin de la guerre froide.
4# En 2004, un nouvel accord de défense a été signé entre Américains et Danois, dans le village d’Igaliku, dans le sud de l’île, prolongeant l’accord de 1951, avec la participation, cette fois, du Groenland. Un texte qui laisse une énorme marge de manœuvre aux États-Unis, qui peuvent augmenter leur présence militaire sur le territoire, à condition seulement de consulter le Danemark et le Groenland.
Pour le dire clairement : depuis quatre-vingts ans au moins, les États-Unis font déjà à peu près ce qu’ils veulent au Groenland.
Un accord passé le 21 janvier entre Donald Trump et Mark Rutte, ancien Premier ministre néerlandais, et actuel secrétaire général de l’OTAN, a fait renoncer (temporairement ?) le président américain à ses menaces militaires – et douanières contre les pays qui ne soutiendraient pas son projet d’annexion.
En quoi consiste cet accord ? La réponse est simple, on ne le sait toujours pas ! Ce « on » impliquant également les principaux intéressés, à savoir les Groenlandais.
L’heure est donc aux conjectures. Dans ce grand flou, on subodore que le renforcement de la surveillance du pays par l’OTAN aurait calmé l’ire du président américain. Le 11 février, Mark Rutte a en effet annoncé le lancement de l’opération militaire « Arctic Sentry », pilotée depuis le commandement otanien de Norfolk, en Virginie. Sera-ce suffisant pour refroidir les ardeurs impérialistes du magnat ? Rien n’est moins sûr.
Mais, momentanément, la tempête est retombée. L’ex-futur Nobel de la paix s’est depuis tourné vers le Venezuela, puis l’Iran. Le séisme aura en tout cas provoqué une rare concorde des partis politiques groenlandais. Et placé la plus grande île du monde sur la carte pour des centaines de millions de personnes.

Des manifestations ont eu lieu à Nuuk
et à Copenhague le 17 janvier pour protester contre les menaces d'annexion de Donald Trump et de son administration.

OLIVIER LABAN-MATTEI/MYOP POUR « LE MONDE »
Manifestation à Nuuk le 17 janvier 2026

OLIVIER LABAN-MATTEI/MYOP POUR « LE MONDE »
Samedi 17 janvier, des manifestations ont eu lieu à Nuuk et Copenhague pour protester contre les menaces d'annexion du Groenland de Donald Trump. Ils étaient plusieurs milliers à Nuuk (ville de 20000 habitants) et 15000 à Copenhague. D'autres rassemblements ont également eu lieu à Aalborg, Aarhus et Odense. Partout les mêmes slogans : “le Groenland n'est pas à vendre” et “Trump, touche pas au Groenland”.
À Nuuk, les Groenlandais, avec à leur tête leur Premier ministre, Jens-Frederik Nielsen, ont marché jusqu'au consulat américain. Le drapeau national, l'Erfalasorput, était omniprésent. Le chant du tambour (quillat) ayant donné le signal de départ. La marque de fabrique trumpienne, MAGA, a été détournée en “Make America Go Away” (“Faites partir l'Amérique”).
La question de l'indépendance du Groenland vis-à-vis du Danemark a été hier reléguée au second plan. Malgré les nombreux griefs existant contre l'ancienne puissance coloniale, la priorité est actuellement de ne pas être annexé par les États-Unis de Donald Trump.
Le Comité de jumelage Granville Uummannaq soutient le peuple groenlandais face aux menaces d'annexion proférées par le président Donald Trump et des membres de son administration.

OLIVIER LABAN-MATTEI/MYOP POUR « LE MONDE »
À Nuuk le 17 janvier 2026
À Nuuk le 17 janvier 2026

ANDERS HOLST POUR « LE MONDE »
Manifestation à Copenhague le 17 janvier 2026

